Farniente et FUCK toute

Une version particulière du repos comme acte philosophique: Le Farniente comme résistance et le “FUCK toute” comme méthodologie.

Tomber (un peu comme une Laurence Jalbert)

On tombe en vacances comme on tombe en amour : avec des attentes déraisonnables, un brin de fatigue accumulée et avec l’espoir secret que cette fois-ci, quelque chose en nous va enfin se détendre. 

Mais il y a mieux encore : peut-être que le plaisir ne se trouve pas dans la chute en elle-même, mais dans cette suspension tout juste avant, quand tout est encore possible. 

Je l’ai toujours dit: Le plaisir est dans l’attente, et ça n’a rien à voir avec le camping.

Ce repos, gagné tout au long de l’année et qu’on chérie, prépare mais vers lequel on y entasse, à mon avis, beaucoup trop de projets, de promesses pleines de bonnes intentions. Certains ont des vacances plus complètes et remplies que leur propre agenda quotidien; d’autres veulent absolument les rendre significatives et inoubliables. Que ce soit dans l’acquisition d’une roulotte de toutes les grandeurs et où ils reproduiront leur vie domestique dans un décor dans le similibois (camping) ou en louant toujours le même modèle de chalet avec toutes les commodités dites minimales (genre un spa et plus d’une salle de bain complète) afin de décrocher. Tout ça au final dans le simple but de s’extraire de la vie qui va et qui revient trop vite au dimanche soir qui pu le blues.

Mon actuel farniente se veut repos et lâcher-prise oui mais je ressens déjà qu’il me faudrait me construire une sorte de routine. Quelque chose de souple autant que possible mais il me faut des repères. Ça y est, voilà, je me trouve niaiseuse et capricieuse mais surtout, éternellement insatisfaite. Moi qui voulait si fort sortir de toutes ces contraintes, de ce carcan de temps et de performances dans un décor ‘’ on peut plus ‘’ beige en vieille laine, je me retrouve déstabilisée d’avoir autant de largesse de temps et d’improvisation devant moi. 

C’est peut-être ça, le plus fatigant dans le repos : il ne vient pas naturellement. On pense qu’il suffit de fermer l’ordinateur, de repousser les courriels, de mettre une brassée de lavage en différé et de s’asseoir quelque part avec un café pour que, soudainement, le corps comprenne le message. Mais non. Le corps reste en alerte, comme une employée modèle qui n’aurait pas reçu le mémo annonçant la fermeture temporaire du département.

Alors je tourne un peu en rond dans ma liberté toute neuve. Je regarde l’heure sans raison, je cherche quoi faire pour ne pas avoir l’air de perdre mon temps, puis je me rappelle que c’était précisément l’objectif : le perdre un peu. Le gaspiller même. Le laisser couler sans produire de résultat, sans bilan, sans amélioration mesurable de ma personne.

Mais on ne désapprend pas l’efficacité en criant ciseaux. Après des années à compartimenter les journées, à rentabiliser les pauses, à faire entrer la vie dans des osties de cases de je ne sais quoi à votre choix de la suite Office voilà que le vide me regarde avec ses grands yeux du lundi matin. Et moi, au lieu de m’y déposer avec grâce, je commence déjà à vouloir lui faire un tableau Excel.

Il me faudrait donc une routine, mais une routine molle. Une routine en jaquette. À la limite du pandémique en jogging.  Quelque chose qui tiendrait davantage de la ficelle que de la chaîne. Me lever sans cadran, mais pas trop tard. Boire mon café lentement, mais pas au point de m’inquiéter de ma propre inertie. Lire quelques pages. Marcher un peu. Écrire si ça vient. Ne pas écrire si ça ne vient pas. Apprendre à ne pas transformer chaque silence en chantier de développement personnel.

Peut-être que mon farniente commence là : non pas dans l’absence totale de cadre, mais dans un cadre assez lâche pour que je puisse enfin respirer dedans. Un horaire qui ne me commande pas, mais qui me rassure. Une sorte de petite clôture symbolique autour du vide, juste assez haute pour que je ne parte pas au vent.

Et peut-être qu’au fond, tomber en vacances, c’est aussi tomber sur soi-même. Sur ses réflexes, ses manies, ses impatiences, son incapacité chronique à laisser la vie faire sa petite affaire sans intervenir. Ce n’est pas nécessairement reposant, mais c’est instructif.

Le problème, c’est que je voulais du repos. Pas une rencontre d’évaluation avec mon propre système nerveux.

Bref: je m’énarve.