Toi

Ton image, ta caricature, ton personnage fait en papier mâché.

Ta surface, en apparence bâtie sur du roc, qui fonce pis qui défonce des murs.

Qui ouvre des portes sans toujours sonner.

Ton image, ta caricature, ton personnage fait en papier mâché. qu’on aime ou qu’on n’aime pas.

Ta carapace qui arrange ou qui dérange.

Qui sourit et pis rit.

L’hiver ne craque plus en-dessous de tes bottines. Le froid ne fouette plus ta peau qui frippe depuis ta quarantaine. Le cheveu est moins soyeux à force de cacher le gris. Ton corps change et ramolli. Tu le sais que tu n’es plus une première fraîcheur. Tu es mûre dans ta tête et tu as fait tes preuves. Tu le sais mais, tu restes humble. 

N’en demeure pas moins que l’Homme te regarde moins. Ta vanité et ta coquetterie sont mises à l’épreuve. Tu essaies de te convaincre jour après jour devant ta glace que ce que tu veux que l’autre, l’Homme, retienne de toi, c’est ton discours, ton attitude, tes convictions. Qu’il accroche à ton côté drôle, un brin lunatique, pas castrante pour 5 cennes pis qui fait bien à manger. 

Oui, il te trouve belle, jolie. Il apprécie tes petits seins, ton cul juste assez hispanique. Il comprend le mou de ton bas ventre laissé en souvenir par tes deux grossesses et le petit chemin de vergetures cahoteux sur la cellulite sur tes hanches quand tu es nue. 

Tu n’es pas juste un objet de désirs. Tu es une femme, entière. Susceptible, des fois sombre, des fois euphorique. Tu te méfies de toi d’abord, des autres aussi mais, ensuite. 

Ton image, ta caricature, ton personnage qui avance dans la vie, qui a grimpé les échelons pis les échelles pour se frayer un chemin jusqu’à une situation normale avec le petit confort qui vient avec. Une convention qui rends les choses acceptables et qui entérine la justification d’un salaire qui fond quand vient le temps de remplir tes obligations de mère, de devoir d’aliment de ton enfant élevé seule, sans aide ou sinon si peu puisque par charité, tu épargnes le père qui a eut souvent des ennuis. On salue ta bonté mais on questionne ta bonnassitude: que répondre d’autre que tu sais trop bien que la paix a un prix, soit celui de l’indépendance souvent financière?  Quitte parfois à devoir mettre à crédit des bonheurs passagers pour avoir l’impression d’avoir un pouvoir d’achat, égoïste et coquet. 

Les gens te déçoivent par leur manque de sincérité, de transparence. Pourtant, ils sont comme toi: ils veulent être bien, être heureux et être à tous les temps de conjugaison. 

Ton image, ta caricature, ton personnage fait en papier mâché qui a franchit la fin de ses 49 derniers hivers, la fin des vingt-quatre derniers mois, qui ont été teintés de deuils, de revers et de nouveaux départs et, à la limite, de la survie tranquille d’une fille qui veut demeurer libre.

Toi, avec ton image, ta caricature, ton personnage fait en papier mâché, je t’en conjure: ferme-les yeux et prends un grand respire en comptant jusqu’à 5. Oui et relâche-le en faisant le décompte en partant de 10. Pareil comme Bowie dans Space Oddity, fais-toi un décompte dans ta tête et pars ailleurs dans tes pensées, là où tu es souveraine. 

Lorsque tu auras atteint de nouveau ce qu’on nomme paix, tu pourras alors tenter d’y rester et ne plus en repartir. Mais oui, reste indulgente envers toi, s’il-te-plaît: ça arrive, oui, des incartades. 

La curiosité n’a jamais tué personne: elle l’a seulement enrichie.  

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