Sir,
Parce que je sais, avec une quasi-certitude, que malgré toute votre dichotomie, votre personnage bâti et tissé de mensonges et qui recherche l’attention à travers un auditoire virtuel, je sais oui, que vous êtes un homme bon.
Tout de même.
Les échos qui sont venus à ma personne n’allaient malheureusement pas en ce sens. À ce sujet, j’irais d’une simple recommandation en tant que sage, si vous me le permettez : méfiez-vous des gens autour de vous dans le réel comme dans le virtuel, parce que plusieurs d’entre eux se plaisent à vous trahir et à médire à propos de votre ridicule impression de mobilisation, décriant plutôt une forme de polarisation, frôlant la dictature. Sachez que sur ce point, je tentais de nuancer leurs jugements, cherchant à les convaincre plutôt de faire dans l’aquarelle, en diluant et en versant de l’eau dans le vin. Je les invitais même et surtout à excuser votre fébrilité à vouloir faire bouger les choses. À vouloir faire la différence.
Parce que je sais, je vous le rappelle, que vous êtes un homme bon.
Tout de même.
Je citerais, dans un premier temps, l’auteur Jean Barbe à propos de l’engagement :
(…) On ne peut pas toujours chialer. On ne peut pas toujours dire des autres qu’ils ont tort : on ressent un jour la nécessité de proposer quelque chose d’utile. Certains se font un métier de toujours rester sur la ligne de touche, de critiquer; on se demande comment ils font. Qu’auront-ils accompli au dernier jour de leur vie? Certains d’entre nous veulent agir plutôt que réagir. Et les difficultés commencent là.
Agir, c’est s’engager, inexorablement. Ouvrir une porte, c’est laisser les autres fermées. Il y a des conséquences, des inconnues dans l’équation. Alors on devient prudent, on soupèse, on réfléchit, on nuance. On se retrouve englué non pas par la complexité du monde, mais par notre conscience de sa complexité. On a l’impression de ne plus bouger, tellement on prend de temps à réfléchir. (…)
Et vous, Sir, réfléchissez-vous? Vous sentez-vous véritablement engagé dans quelque chose?
Sachez que même la plus parfaite des maîtresses demeure une femme, et ce, dans toute sa singularité. De celle-ci, elle aime à se faire croire qu’elle est unique aux yeux de celui à qui elle donne son temps, son écoute et surtout, son corps.
Bénissez la vie, tous les jours, que je ne sois pas une femme commune et semblable à la plupart de mes contemporaines et qui, de ce fait, tenterait de briser ce qui vous est cher, ce qui est votre refuge, c’est-à-dire votre famille. Je vous souhaite, sincèrement, que les échos qui me sont parvenus n’arrivent ni aux yeux ni aux oreilles de celle que vous appelez votre douce. Ces échos, parvenant de ceux que j’appelle vos traîtres et dont je ne connaissais pas le lien commun avec vous, m’ont profondément déçu. Voire même, ont blessé mon amour-propre. Je vous rassure : je ne serai jamais celle qui confirmerait quoi que ce soit, non. Parce que, moi, je ne suis pas une traîtresse.
Pour la simple et bonne raison que je suis de connivence avec vous, en quelque sorte, de par le fait que grâce à vous, j’ai pu me réconcilier avec mon corps, ma sexualité et ainsi y mettre un terme, une fin de carrière. Voilà. Vous me voyez donc heureuse que vous ayez apprécié la lecture de ce roman qui peut dépeindre, en quelque sorte, un pan, un passage de ma propre vie plus ou moins glorieux, voire caché. Mais que je ne renie pas.
Quoi qu’il en soit, ce sera à vous, désormais, de porter la croix et d’avoir l’épée au-dessus de votre tête : cette arme qui, au fil du temps vous apprendra, tout comme moi, que le silence est d’or, que l’esprit est bien plus fort que l’apparence, que les grands discours, brefs, plus fort que le paraître, qui tente de vous faire croire que vous êtes
« puissant ».
Tout de même.
Je ne vous veux pas de mal : je ne vous souhaite pas de malheur. Je vous souhaite davantage de paix, de vous retrouver vous, en tant qu’homme et de vous saisir de cette opportunité que peut-être vous offre cette simple réponse à votre retour sur prêt (le livre) pour enfin faire une véritable introspection.
Parce que je vous le répète : je sais avec une quasi-certitude que malgré tout, vous êtes un homme bon.
En conclusion, je vous prie de ne plus jamais m’appeler mademoiselle: parce que vous appelez toutes les autres ainsi. Moi, je crois mériter le titre de première Dame de votre intimité. De ce fait, si jamais vous me recroisez et que vous avez le courage de me saluer, appelez-moi Madame.
Je vous prie d’agréer, Sir, mes sentiments les plus sincères,