Elle en est à terminer la vaisselle. Il s’occupe à ranger ce qu’il reste du repas. Vue de l’extérieur, ils pourraient passer pour un couple.
Ce n’est pas le cas.
C’est un premier rancart officiel.
Elle se tourne vers lui. Comme à chaque fois, sa présence est forte : cet homme là a probablement l’équivalent de deux âmes. Elle est fascinnée par son vécu. Ça tient presque de l’admiration. Il n’est pas joli, il est pire.
Jamais elle n’a autant eu le désir d’une main sur sa joue. Sa main, à lui. Ces premiers instants où le geste se fait doux, où quelque chose s’allume en-dedans, dans le plus creux, au fin-fond. Là, droit au cœur, sinon tout juste à côté. Voir dans le regard de l’autre de la lumière qui prend place. Celle du désir simple d’embrasser ces lèvres là, devant soi. Les fossettes timides, rougies, le creux du menton que cré le sourire véritable.
Elle avance encore hypnotisée par le désir. Le sien. Son désir, à elle.
Elle arrive à sa hauteur.
La vibration a disparue. Elle sent qu’il se rétracte.
Il a peur.
Peur d’elle. De son intensité, de son envie constante de se sentir vivante. De son sourire baveux, canaille. Sent-il qu’elle est entièrement amoureuse de lui ? Le sent-il ? Il le sent, elle le sait qu’il le sent. Sinon, elle se l’imagine puis y croit vraiment. Parce que cet homme là a un instinct fin, aiguisé. L’instinct du parvenu. Elle s’avance en paroles : il la frappe d’un haussemnet de ton. Il ne crie pas encore tout à fait mais il la giffle d’une phrase qui déchire quelque chose.
Il a atteint son cœur.
Ce qu’il lui dit exactement, n’a pas, ici, d’importance. Ce qu’il l’est, important, s’il faut chercher une raison à ce qui se dit à ce moment précis, c’est que ses mots, ses phrases, le propos intrinsèque de son intention verbale est de la blesser, elle, de lui faire mal. De tout dire, de tout faire pour la repousser.
Voilà qu’il crie maintenant. Elle ne bronche pas d’un millimètre. Surpris, il se tait. Tout bas, elle lui demande « …de quoi t’as peur ? ». Il ne lui répond pas. Son regard change. Sa mâchoir se rétracte. Il a chaud.
Elle aussi. Elle a atteint sa cible. Mais pas de la bonne manière.
Leur histoire n’est pas saine. Sinon, elle est déjà aride.
Les histoires tordues d’avance n’ont jamais fait des enfants forts.
Sinon, que de puissants orgasmes fakes sur un nouveau matelas à 800 dollars. Ou une tache de sperme froide sur une cuisse, qui coule et qui sèchera lentement. Le temps de reprendre ses esprits, son souffle. D’allumer une cigarette et de regarder la fumée qui forme des choses imperceptibles dans les airs viciées d’une chambre à coucher où deux corps attendent le mouvement de l’autre, pour avoir l’excuse de se lever et de s’enfuir, lâchement, dans la nuit sur une fausse promesse de °«J’t’appelle demain…ciao !»